samedi 29 août 2015

Britta Neander, musicienne, peintre, illustratrice

Britta Neander (1956-2004), musicienne et percussionniste, fonda à Berlin-Ouest en 1979 le groupe punk féminin "Carambolage" (qui, en allemand, ne veut pas dire "accident de bagnoles" mais "billard").
En 1988, elle chante avec son amie, la musicienne et journaliste, Christiane Rösinger dans le groupe Lassie Singers et créé plus tard avec la même amie le groupe de rock Britta (en 1997) dont les 2e et 3e albums ont été enregistrés en France par Blackbox Studio.
Elle s'occupe en outre d'une ferme pour enfants (comme les enfants sortaient peu de Berlin-Ouest et n'avaient pour ainsi dire pas de contact avec la nature, la ville a aménagé à l'époque des fermes spéciales pour les enfants). Elle y pratique la peinture ainsi que la création de très belles lampes de verre. Elle peint également des tableaux grand format pour quelques uns des nombreux bistros de la ville. Elle a, de plus, illustré des livres pour enfants dont l'un a été projeté sous forme de dessin animé à la télé.
Britta Neander décède en 2004 des suites d'une opération du coeur.

dimanche 16 août 2015

Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière

   En guise de petit interlude à la série des artistes allemandes des années 80 : mes aventures dans le Harz.

   J'ai passé quelques jours de vacances dans le Harz (qui n'a rien à voir avec les réformes dites Hartz), ce qui m'a donné envie de faire une note de blog sur cet intéressant endroit.
Le Harz est un massif hercynien (c'est-à-dire très très très ancien) assez étendu qui se situe dans le centre-nord de l'Allemagne (en même temps c'est seulement la petite tache à droite de la Rhenohercynian Zone).
   Dès le 10e siècle, des mines d'argent y ont "fleuri" et pour satisfaire aux besoins en énergie (hydraulique) de cette activité extractrice très rentable (minerai d'argent vendu jusqu'au Proche-Orient), y ont été aménagées, autour du 16e siècle, des chaînes d'étangs séparées par des digues et entourées de fossés, le tout en terrasses plus ou moins régulières communiquant entre elles.
Le paysage produit par ces modifications humaines est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et décrété réserve naturelle.
   Les plantes des marais, les oiseaux aquatiques, batraciens, etc... y abondent, cotoyant la végétation de moyenne montagne : épilobes, myrtilles, digitales et, bien entendu, épicéas. 

 Le Harz est une forêt d'origine préhistorique qui a certainement été le théâtre de cultes païens avant sa proto-industrialisation. Cet exploitation de l'argent coïncide, nullement par hasard, avec l'extension du christianisme, ce culte peu respectueux de la nature et plutôt fâcheusement (hyper)matérialiste. Après l'épuisement du minerai (au 19e siècle) et deux guerres mondiales, cette forêt hercynienne s'est vue soudain coupée en deux par le rideau de fer. Pendant quarante-cinq ans, le Brocken, qui en est le point culminant, a été interdit d'accès et confisqué par l'armée au moyen d'une affreuse station est-allemande de surveillance plantée en plein dessus. Celle-ci est aujourd'hui reconvertie en... hôtel. À côté, un émetteur de radio et de télévision également très moche est installé là depuis les années 30.

Pourquoi le Harz et en particulier le Brocken sont-ils si intéressants ?

D'accord il y a le fameux spectre du Brocken qui mérite d'être signalé, un phénomène qui, paraît-il, a été également observé par Goethe mais, surtout, ce sommet est le fameux lieu dit du rendez-vous des sorcières lors de la nuit de Walpurgis.

Il est inutile de dire que tous les villages au pied de ce mont sont ornés de sorcières, soient en relief sur les façades des maisons, soient en sculptures dans les jardins, en autocollants sur les voitures, survolant (attaché par un fil) les réceptions des hôtels ou campings, etc... Tout est à la sauce sorcière, exemple : les petits pains sorciers de la boulangerie, le chemin de randonnée "la montée des sorcières" avec sa silhouette de sorcière sur un balai, la mode, etc.

     
   On a nommé au 16e siècle sorcières des femmes probablement soucieuses de se retrouver en cachette pour échanger des savoirs devenues interdits ou confisqués par l'Église pour éradiquer toute forme d'opposition à son pouvoir. Des savoirs (et non des dogmes) liés, entre autres, aux plantes.
Aujourd'hui l'Église s'appelle Ultralibéralisme et les sorcières, environnementalistes mais le principe est à peu près le même.
On peut aussi supposer que du point de vue non-chrétien des formations aussi anciennes que le Harz, si l'on se donne la peine de préserver leur authenticité, possèdent un pouvoir régénérant (?) indispensable à la vie que l'on ne saurait trouver ni dans le béton ni dans le bitume.
 
   Il est d'ailleurs intéressant de constater que ce massif provient de la même formation géologique que les Appalaches, le massif Central et le massif Armoricain, entre autres. Une faille traversant le Finistère se prolonge jusqu'à l'extrême sud du Harz. Or ces régions sont réputées pour leurs légendes de fées et de sorcières, en particulier, la Bretagne et le Harz.
Mais que trouve t-on au sommet du Brocken à part un entassement rocheux avec plaque indiquant l'altitude du mont ? Un mémorial à l'effigie du poète allemand Heinrich Heine. Faudrait pas rater l'occasion de parler mâle et il faut vraiment maintenir leur souvenir partout et tout le temps tandis qu'il est important d'oublier les femmes.

  Sinon l'écrivaine Ricarda Huch a écrit un joli texte sur le Harz que l'on trouve dans le livre de Florence Hervé sur les écrivaines et la montagne. Des extraits tirées d'oeuvres féminines, entre autres de George Sand, y sont rassemblées. Mais bien que l'autrice soit française le livre n'existe qu'en allemand. Ben oui, on n'y parle pas mâle alors ça vaut pas.

   D'ailleurs, il n'y a même pas de Wikipédia en français sur Florence Hervé, apparemment féministe, qui a aussi écrit sur Flora Tristan, Marie de Gournay, etc.. et est lauréate du prix des femmes Klara-Zetkin 2011.

   Sinon encore, mais qui donc l'eut cru ? le fléau du Harz est masculin.
Des abrutis n'avaient rien trouvé de plus intelligent que de rendre l'étang le plus proche invivable aux mamans grèbes huppées à la recherche de nourriture pour leurs petits, ainsi qu'aux familles de foulques et à quelques paisibles poissons... avant que nous nous en mêlions. L'occupation vacancière préférée de ces cerveaux plats consiste à faire du slalom assis sur une chaise au moyen d'une télécommande et d'un hors-bord miniature épouvantablement sonore.
   De temps en temps, l'un d'eux, un peu moins sac à patates que le reste du lot, se déplace en kayak pour disposer des bouées-obstacles à contourner à distance par le télécommandeur affalé dont c'est le tour.
   Après que nous autres, vilaines païennes/sorcières, ayons réussi à faire décamper ce gang monosexué mâle (évidemment) avec un peu l'aide (malheureusement) d'une autorité également masculine (ah lala, j'vous jure), un autre fléau est venu immédiatement combler ce que cette engeance considère, j'en suis sûre, comme du vide. Un pêcheur, ce grand sportif assis, lui aussi, avec ces nombreuses cannes à pêche électroniques qui bipent le moindre pet de poisson a aussitôt pris la place de son point de vue vacante. Presque pas une rive idyllique sans l'un de ces insupportables parasites guettant le moment de prouver sa capacité de prédation. Et ce ne sont même pas des retraités priés par bobonne de cultiver leur flemme au dehors, non, ce sont de très jeunes trou.ucs !
Une activité masculine qui se pratique dès le plus jeune âge : empoisonner le monde. Et, pour cela, ils n'ont pas besoin de bave de crapaud. D'ailleurs les mines d'argent du Harz ont également très pollué le lieu avant sa réhabilitation. On ferait donc mieux de jeter l'anathème sur les exploitateurs de minerais et les amateurs de vacarme à coup de joujoux électroniques stupides dont les pêcheurs ne sont qu'un élément parmi d'innombrables autres, plutôt que sur les prétendues sorcières. Sorcières dont on ne sait que dire sauf qu'elles sont moches et se reconnaîtraient soit disant à leur nez crochu, leur bosse, leurs verrues et leur balai volant. Ces détails ne polluent pas et ne font pas de bruit pourtant !
L'activité des mâles à oeil éteint est réellement nuisible mais bien entendu motivée par ce besoin maladif et lamentable de déterminer une bonne fois pour toute qui a la plus grosse...
prise.
 
Et rares sont les sorcières (comme, entre autres : moi) pour les faire déguerpir. À l'heure qu'il est, ils sont encore en train de confisquer les plus jolies plages paludéennes et nous ont déjà oubliées. De plus, il y aurait une plante dans le coin qui éloignerait les sorcières, dit-on, mais, bizarrement, pas les couillosaures. Il s'agit de l'achillée sternutatoire (= qui fait éternuer). Ce qui prouve que la sorcière est une créature sensible, elle, au moins !


   Et, ça alors, tiens, tiens, tiens, cette fleur des marais serait aussi l'une de celles que l'on bénit  le jour de l'Assomption de Marie ! Dans ce lien, il y a la prière en latin qui va avec. Ici, le rite est mentionné au 5e paragraphe. Il y est dit que la tradition est plus répandue en Allemagne et en Belgique qu'en France (où l'on préfère bénir un objet fabriqué par le zôme (bateau)).

Mais n'est-ce pas un peu un rituel de sorcière que de rendre un tel hommage aux plantes ? 

Cela dit, on rencontre également l'herbe aux sorcières dans le même coin où nuisent les tourmenteurs de poissons.  Elle porte encore le joli nom de Circée de Paris. Nous l'avons rencontrée à plusieurs reprises au cours de nos excursions car c'est encore une plante qui aime les zones humides. Les zones humides sont les lieux de prédilection des sorcières qui, comme on sait, aiment les serpents, les crapauds et les salamandres. Et si ce nom était une déformation de sourcières, découvreuses de sources ? Toujours est-il que le Harz leur est clairement dédié.
Gemeines Hexenkraut

  À part ça, j'ai trouvé cette citation de l'écrivain gallois Ken Follett "Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière"...  

 et c'est un homme qui le dit.


                                         (Emmanuelle Béart dans "Manon des Sources")