dimanche 31 mars 2013

Bonlapin de neige en avril




On est le premier avril mais, à Berlin, la neige est toujours là et ce n'est pas un poisson d'avril (puisque c'est un lapin).

Cette photo n'est pas de moi parce que je n'avais pas d'appareil photo quand j'ai vu, hier, dans le parc du château de Charlottenbourg, de très beaux spécimens de lapindepâques de neige debout ou à quatre pattes et toujours avec une petite boule de neige pour la queue + plus beaux que celui-ci.

Avec miss B., on a dégusté, assises sur les sofas de neige de vieux igloos en ruines, des oeufs en chocolat si froids qu'il craquait comme du verre. Je pense tous les jours à "The day after tomorrow"....sauf que le chemin vers une nouvelle ère glaciaire serait beaucoup moins précipité tout en étant aussi inéluctable... suis-je trop pessimiste ?

samedi 30 mars 2013

Esther Inglis, relieuse, calligraphe, écrivaine et traductrice

Esther Inglis (1571-1624) était la fille d'un huguenot enfui en Écosse après la nuit de la Saint-Barthélémy (23/24.8.1572) lors des guerres de religions. Elle est problablement née à Dieppe. "Inglis" est en fait une anglicisation du nom "Langlois".
Voici un article illustré de plusieurs oeuvres d'Esther Inglis dont j'ai surtout retenu les reliures pour changer des oeuvres dessinées, gravées ou peintes.
Néanmoins ce détail est intéressant : sur cet agrandissement d'une ornementation florale, on voit de petit trous qui servaient à Esther Inglis à décalquer ses propres motifs afin de les réutiliser dans d'autres livres et psautiers.


De l'énorme travail qu'elle a fourni pendant sa vie, il nous reste par chance 60 manuscrits ainsi que ces beaux ouvrages de reliure.



 Reliure en velours brun aux armes du prince Maurice de Nassau

Psautier à reliure brodée de perles destiné au prince Henri

vendredi 29 mars 2013

Magdalena Van de Passe, graveuse

Magdalena Van de Passe est l'une de ces graveuses hollandaises du XVIIe siècle dont on n'a, semble t-il, pas réussi à usurper le nom. Elle fut très célèbre en son temps et démarra la gravure à l'âge de 14 ans. Avant de travailler pour elle-même, elle aida beaucoup son père et son frère. Rien que pour ce dernier, elle oeuvra avec lui à la réalisation des 65 gravures d'un unique ouvrage.

Le peintre Adriaen van de Venne, entre autres, lui dédicaça un poème. 


File:Les Metamorphoses d'Ovide - Atalanta and Hippomenes.jpg(Atalante et Hippomène)

Ici, on peut directement se promener dans l'une de ses gravures et y découvrir de minuscules détails d'une précision extrême.

jeudi 28 mars 2013

Judith Leyster, l'usurpée

Fleurs dans un vase, huile sur toile de Judith Leyster (1609-1660, Netherlands)

Judith Leyster (1609-1660) est l'une des deux seules peintresses hollandaises avec Catarina van Hemessen qui eut le droit de faire partie de la guilde de Saint-Luc des peintres hollandais du temps des guildes de métier. Elle fut très célèbre à son époque et ouvrit son propre atelier. Par la suite ses peintures disparurent mystérieusement et on en retrouva plusieurs faussement signées Frans Hals ! C'est le Louvre qui découvrit la supercherie en 1893. Une signature en recouvrait une autre.
 Depuis on a identifié 48 tableaux bien à elle. Elle est beaucoup moins connue pour ses natures mortes que ses scènes de genre. Néanmoins, ce bouquet est remarquable.  

mercredi 27 mars 2013

Catharina YKENS, portraitiste avec guirlandes

Je ne suis pas absolument certaine que cette guirlande de fleurs soit de Catharina Ykens (je l'ai piqué sur un site russe mais je n'ai pas tout compris au texte qui parlait des Ykens sans préciser de quel Ykens étaient les tableaux présentés. L'intérêt du site c'est qu'il présente des tableaux plus grands que le format timbre poste). Du moins, Catharina Ykens étant connue pour ces mini-portraits entourés d'imposantes guirlandes de fleurs, il y a de fortes chances que ce tableau soit d'elle, de plus, elle n'a pas zizifié le bébé, ce qui me paraît pratiquement impossible de la part d'un homme ;) ! Le problème avec Catarina (ou Catharina) Ykens, c'est qu'il semble y en avoir deux. Celle dite active v. 1635 - 1666 et Catarina Ykens-Floquet qui devrait avoir peint ce portrait.

mardi 26 mars 2013

Anna Elisabeth Ruysch, peintresse de nature morte très vivante

Anna Elisabeth Ruysch (1666-1741) était la soeur de Rachel Ruysch Il est intéressant de retrouver dans ce tableau le volubilis bleu au centre du bouquet comme dans celui de Rachel Ruysch publié précédemment. C'est un très bel ensemble avec une agréable composition en diagonale. Ici un lien sur la personne. Au contraire de Rachel, Anne a cessé de peindre une fois mariée. C'est bien dommage même si son style est très proche de celui de sa soeur, il est néanmoins différent (on y retrouve souvent un bord de table en marbre, par exemple) et, en tout cas, il est de très très grande qualité.

Vase of Flowers 

samedi 23 mars 2013

Geertruydt Roghman, graveuse

Pour éviter une indigestion de bouquets de fleurs sur ce blog (j'en ai en réserve et je promets d'y revenir mais j'ai envie de passer momentanément à un autre genre), voici une extraordinaire graveuse qui a gravé beaucoup de paysages et de scènes bucoliques dessinés par son frère mais aussi représenté les activités d'esclave domestique des femmes comme on peut le voir avec cette série ci-dessous entièrement dessinée et gravée par elle dont le nom est Geertruydt Roghman (morte à 32 ans) :
Two Young Women Sewing
Woman Reading
Geertruydt Roghman (Born 1625): Woman Cooking. Engraving c1647. Plate 3 of Roghman’s own series of five Domestic Interiors with Women at Work. (205 x 163 mm)

Woman Spinning, Geertruydt Roghman c1650. Dutch. Appears to be a treadle wheel. Spinning flax.

jeudi 21 mars 2013

Divine Rachel Ruysch

Fille d'un professeur de botanique, Rachel Ruysch a peint des fleurs de son adolescence jusqu'à sa mort. De quoi faire une méga exposition et des livres qui ne rassembleraient que ces oeuvres, non ? Voyez plutôt. Cette oeuvre est juste renversante de beauté.


 Vase of Flowers by Rachel Ruysch The Netherlands 1689 Oil 

Vase of Flowers by Rachel Ruysch The Netherlands 1689 Oil Detail

mercredi 20 mars 2013

Clara Peeters, peintresse (printanière ?)

Tandis que les premières anémones, crocus et perce-neige ont complètement disparu sous la neige, je persiste à publier des bouquets de fleurs flamands du XVIIe siècle. Ici, l'un de ceux qu'a peint la célèbre Clara Peeters (1585-1655).
Célèbre mais très négligée.
Dans le Wiki France, par exemple, les dates de naissance et de mort ne correspondent pas à ceux des sites flamands.
Quant à sa bio, elle est plus que succint.

Il y a une variété extraordinaire de fleurs printanières dans ce tableau : encolies, tulipes, roses, bleuets, jonquilles, narcisses, jacinthes, soucis, oeillets, iris, myosotis et je serais contente si quelqu'un.e pouvait me rappeler les noms de celles que je n'ai pas nommées + le nom du papillon en bas à gauche... Je l'ai encore oublié !
Clara Peeters  - A Flower Still-Life
PS : si quelqu'un.e pouvait modifier "femme peintre" en "peintresse" (dans le Wiki), ce serait bien pratique. On ne peut pas faire de recherche avec des occurences doubles sur le web. C'est donc un attrape-nigaudes. Comme il y a "peintre" (sous-entendu "homme peintre"), il faut "peintresse" !

mardi 19 mars 2013

Maria van Oosterwyck, peintresse de fleurs et de vanités

Pendant qu'on nous Chagallise, Picassoïse et Matissise pour faire monter le cour des prix de l'art masculin (pléonasme) et réduire celui de l'art "féminin" (beaucoup moins bien que celui des hommes comme l'a dernièrement affirmé le peintre George Baselitz), occupons-nous des peintresses flanquées aux oubliettes et laissont les machos se regarder le nombril, comme d'habitude.

Toujours dans l'âge d'or de la peinture néerlandaise et flamande, une peintresse nous a laissé de magnifiques bouquets de fleurs qui ont l'air carrément vivant, ce pourquoi je n'arrive pas à appeler ces tableaux "natures mortes" !
C'est Maria von Oosterwyck.

Dans ses bouquets, on dirait que chaque fleur à une relation avec l'autre et même se parlent entre elles. Ce pourquoi j'ai mis le détail du tournesol et de la tulipe.
On croirait les deux fleurs en pleine conversation.
Maria van Oosterwyck (voici son portrait) a aussi peint de remarquables vanités mais comme je n'aime pas trop les têtes de mort en général, je n'en ai donc pas publié ici.



photo

samedi 16 mars 2013

Bon anniversaire Caroline Herschel !

Caroline Herschel 

Caroline Herschel est une grande astronome germano-britannique. Elle est née un 16 mars
en 1750 à Hanovre.
Caroline Herschel est la première femme connue à avoir découvert une comète et représenté la Voie Lactée.

Un cratère lunaire porte son nom.

Je n'ai malheureusement pas le temps d'en écrire plus aujourd'hui.
Néanmoins, bon anniversaire à Caroline Herschel !

jeudi 14 mars 2013

Susanna van Steenwijck-Gaspoel, peintresse paysagiste

Au XVIe siècle, il était interdit aux femmes de peindre des paysages. Nous voilà aux Pays-Bas au XVIIe siècle, le siècle d'or de l'art néerlandais. Et du coup, on y trouve une peintresse paysagiste ! Enfin disons que ses oeuvres sont plus des peintures d'architectures que de paysages, néanmoins dans ce genre, on trouve peu de femmes puisqu'elles sont, la plupart du temps, assignées aux portraits.

Wiki ne raconte pas grand chose sur elle mais du moins l'une de ses oeuvres est visible sur le web. La voici :
 
afbeelding S 410.jpg van schilderij


Vue de Lakenhal, 1642

mardi 12 mars 2013

Les hommes ont toute l'autorité / Contre raison et contre l'équité

Extraits de vers féministes de "Mes Dames des Roches de Poitiers" (mère et fille), Paris, 1578.

Epître à ma fille (de Madeleine des Roches ; extrait) :

Les anciens amateurs de savoir,
Disaient qu'à Dieu faut rendre le devoir,
Puis au pays, et le tiers au lignage.
Les induisant a force de courage,
Soit quelques fois pour souffrir passion,
Soit pour dompter la force affection.
Au Seigneur Dieu je porte révérence,
Pour mon pays, je n'ai point de puissance,
Les hommes ont toute l'autorité
Contre raison et contre l'équité

(...)

Ode 1

(...)

Nos parents ont de louables coutumes,
Pour nous tollir l'usage de raison,
De nous tenir close dans la maison
Et nous donner le fuseau pour la plume.

Traçant nos pas selon la destinée
On nous promet liberté et plaisir :
Et nous payons l'obstiné déplaisir
Portant le dot sous les lois d'hyménée.

Bient tôt après survient une misère
Qui naît en nous d'un désir mutuel
Accompagné d'un soin continuel
Qui suit toujours l'entraille de la mère.

Il faut soudain que nous changions l'office
Qui nous pouvait quelque peu façonner
Où les maris ne nous feront sonner
Que l'obéir, le soin et l'avarice. 

(...)

Mon Dieu, mon Dieu, combien de tolérance,
Que je ne veux ici ramentevoir !
Il me suffit aux hommes faire voir
Combien leurs lois nous font violence,


(...)

Pour  supporter les maux de notre vie,
Dieu nous fit part de l'intellect puissant
Pour le réduire à l'intellect agent
Malgré la mort, la fortune et l'envie.


CHANSON DES AMAZONES (Catherine des Roches, Paris, 1579)

Nous faisons la guerre
Aux Rois de la terre
Bravant les plus glorieux,
Par notre prudence
Et notre vaillance,
Nous commandons en maints lieux,
Domptant les efforts
Des plus hardis et forts
D'un bras victorieux.

Nous chassons les vices
Par les exercices
Que la vertu nous apprend :
Fuyant comme peste
Le brandon moleste
Qui autour du coeur prend :
Car la pureté
De notre chasteté
Pour jamais le défend.

Nous tenons les hommes
Des lieux où nous sommes
Tous empêchés à filer  :
Leur lâche courage
D'un plus bel ouvrage
N'est digne de se mêler :
Si quelqu'un de vous
S'en fâche contre nous
Qu'il vienne quereller.

 Proteste gegen NPD-Saalveranstaltung

(Source : "Le Miroir des Femmes, roman, conte, théâtre, poésie au XVIe siècle", Luce Guillerm, Jean-Pierre Guillerm, Laurence Hordoir, Mare-Françoise Piéjus, presses universitaires de Lille, 1984.
Photo : manif contre le parti d'extrême-droite allemand NPD à Berlin-Neukölln le 16.2.2013. Autres photos ici).

samedi 9 mars 2013

G comme Génie (féminin) et Gratitude

Merci à Adrienne qui a eu une l'insigne gentillesse de traduire les vers de la poétesse néerlandaise Maria Tesselschade Roemers publié par moi il y a une semaine ici. 
Quel extraordinaire poème ! Et quelle impressionnante traduction ! Je suis très émue. Pourquoi les poétesses des siècles passées ne sont-elles pas TOUTES traduites et dans toutes les langues ???
 J'ai copié/collé ci-dessous le billet tel qu'Adrienne l'a rédigé car elle associe les thèmes abordés sur son blog aux lettres de l'alphabet et le thème Tesselschade est à la lettre G (il faudra juste qu'elle me dise ce que signifie Graag Gedaan !) 




G comme Graag Gedaan!

A la demande d'Euterpe, une traduction d'un poème de Maria Tesselschade Roemers (17e siècle)
Elle y exprime le pouvoir consolateur de l'écriture de soi.
Aan mijnheer Hooft, op het overlijden van Mevrouw van Sulecom
A monsieur Hooft, à l'occasion du décès de madame van Sulecom
Die als een Baak in zee van droefheid wordt gehouwen,
geknot van stam en tak, en echter leven moet,
zendt u dit zwak behulp voor ’t troosteloos gemoed,
gedompeld in een meer van Baerelijke rouwen.
Celle qui a été tranchée comme une balise dans une mer de douleur,
Tronc et branches abattus, et qui pourtant doit vivre,
Vous envoie ce faible soutien pour l'âme inconsolable,
Immergée dans une véritable mer de deuil.
Zegt Vastaard dat hij mocht pampieren raad vertrouwen
zo d’innerlijke smart zich schriftlijk uiten kon.
Hij staroog’ in liefs glans als aadlaar in de zon
en stell’ zijn leed te boek, zo heeft hij ’t niet t’ onthouwen.
Dites à Vastaard qu'il peut se fier aux conseils du papier
S'il réussit à exprimer sa douleur par écrit.
Qu'il contemple le rayonnement de son amour comme un aigle le soleil
Et qu'il mette sa douleur par écrit, ainsi il ne doit pas l'avoir en tête.
Pampier was ’t wapentuig waarmee ik heb geweerd
te willen sterven, eer ’t de Hemel had begeerd,
daar overwon ik mee, en deed mijn vijand wijken.
Le papier est l'arme avec laquelle je me suis défendue
Contre l'envie de mourir avant l'heure,
Grâce à lui je vainquis et fis reculer mon ennemi.
Zijn eigen lesse leer’ hem matigen zijn pijn,
want kwelling op de maat en kan zo fel niet zijn.
Bezweer hem dat hij zing’ op maatzang droevelijken.
Que ses propres leçons lui apprennent à tempérer son mal,
Car le tourment rythmé (par la poésie) ne peut être si vif.
Conjurez-le de composer sur des mesures tristes.
***
Le mot 'pampier' pour 'papier' m'a d'abord étonnée
puis je me suis souvenue avec émotion
que mon arrière-grand-père (°1878)
disait lui aussi 'pompeer'
Merci Euterpe
Sourire



C'est moi qui vous remercie Adrienne et plutôt deux fois qu'une ! ;)

mercredi 6 mars 2013

Leonora Duarte, compositrice

En attendant une traduction inédite d'un poème de Tesselschade qui va bientôt faire l'objet d'un nouveau billet et afin de ne pas quitter le cercle des grandes Néerlandaises du début du 17e siècle, je signale que dans les fréquentations d'Anna Visscher et de sa soeur, il y avait une grande compositrice mais que malheureusement, on ne trouve pas d'enregistrement de l'une de ses oeuvres sur le net (et que malheureusement ce n'est pas la seule dans ce cas).

Néanmoins, elle s'appelle Leonora Duarte (1610-1678), a écrit, entre autres, une symphonie pour 5 violes qui est en vente en CD sur plusieurs sites de vente de musique baroque et autres.


File:Leonora Duarte partituur.jpg 



Il ne me reste plus qu'à illustrer ce billet d'une page de la partition originale  d'un recueil de sept symphonies.

Apparemment Tesselschade chantait avec la soeur de Leonora. Wiki (cliquer sur "Leonora Duarte" en haut de page) dit de cette soeur chanteuse :
"Francisca Duarte, qui avait acquis le sobriquet de rossignol anversois, est la sœur qui est mentionnée le plus souvent dans la correspondance de Constantin et de Christian Huygens. Les lettres de Constantin des années 1630 nous apprennent qu’avec Maria Tesselschade Roemers Visscher, elle formait un duo, accompagné au clavecin par Dirk Janszoon Sweelinck, le fils du compositeur et organiste amstellodamois Jan Pieterszoon. La beauté de cette combinaison vocale assez exceptionnelle amena le beau-frère de Constantin Huygens à écrire une épigramme en leur honneur, Ad Tesselam et Duartam cantu nobiles. Une des pièces de leur répertoire était la mélodie pastorale néerlandaise Aen geen groen heijde (je suppose que cela veut dire quelque chose comme une ballade sur la lande verte mais je n'en sais absolument rien car je procède par analogie avec l'allemand). Plusieurs autres indications confirment que ce duo chantait dans la langue maternelle. En plus d'avoir une très belle voix, Francisca sut jouer du clavecin ; Christian Huygens, qui avait rendu visite à la famille en mars 1663, décrit sa maîtrise de l'instrument. Trois ans plus tard, dans une lettre adressée à Johann Jakob Froberger, Christian mentionne la Signora Francisca d'Anvers de même que les musiciennes Anna Bergerotti de Paris et Signora Casembroot de La Haye, comme s’il voulut énumérer les points culminants musicaux dans un mouvement vers le nord".

dimanche 3 mars 2013

Tesselschade, "l'élite du sexe féminin"

Maria Tesselschade Roemers (1594-1649) fut la soeur aînée d'Anna Roemers Visscher, la graveuse sur verre.

Maria Roemersdochter Visscher, saluée par ses contemporains de sexe masculin comme l'« élite du sexe féminin » (« [...] puikjuweel der vrouwelijke sekse [...] »), avait été dotée par son père d'un prénom extraordinaire, Tesselschade, rappelant la débâcle financière à lui survenue en tant qu'assureur, suite à la catastrophe maritime qui s'était produite le 24 décembre 1593, trois mois avant sa naissance, près de Texel, et qui avait causé la perte de vingt navires marchands. (Tessel  = Texel / Schade = dommage).

Affublé d'un nom catastrophique + élue Wonderwoman par ces messieurs, encore une femme que n'a pas épargné le machisme ambiant.

On semble la (les, sa soeur également) compter parmi les poétesses féministes de langue néerlandaise et flamande comme on compte les soeurs des Roches parmi les poétesses féministes francophones.

Elle a écrit un grand nombre de poèmes en néerlandais dont je n'ai pas trouvé de traduction mais qui, du moins, ont été conservés.

Exemple
Aen mijn Heer Hooft op het ooverlyden van MEVROUW VAN SULECOM.
Die als een Baeck in zee van droefheidt wort gehouwen 
Geknot van stam en tack, en echter leeven moet, 
Zeijnt uw dit swack behulp voor 't troosteloos gemoet, 
Gedompelt in een meer Van Baerelijcke rouwen 
5
Zeght Vastaert dat hij moght pampieren raet vertrouwen 
Zoo dinnerlycke smart zich schriftlyck uyten kon, 
Hij staroogh in liefs glans als Aedlaer in de Son, 
En stel sijn leed te boeck, zoo heeft hij 't niet t'onthouwen 
9
Pampier was 't waepentuijch waermee ick heb geweert
Te willen sterven, eer 't den Heemel had begeert, 
Daer ooverwon ick mee, en deed mijn Vijand wycken, 
12
Zijn eijgen lesse leer hem matijghen zyn pijn 
Want quelling op de maat en kan soo fel niet sijn 
Besweer hem dat hij sing op maetsangh droevelijcken 
September Ao1637
Tesselscha Roemer Vischers.
Des fois qu'un.e néerlandophone charitable voudrait bien le traduire.....


Il me semble que "droefheidt" veut dire "méchanceté", "troosteloos" : "tristesse",
"schriftlyck" : "par écrit" "sterven" : mourir, "Heemel" : ciel (en procédant par analogie avec l'allemand) mais je n'en sais pas plus.
J'ai cherché quelque mot dans un dictionnaire de néerlandais mais aucun des mots recherchés ne s'y trouvait. Est-ce bien du néerlandais ?

Ajout du 5.3. : sur l'excellent blog que je recommande à tous les amatrices/teurs de poésies, Colo qui, grâce à ses traductions merveilleusement choisies, nous offre l'occasion rare de connaître des poèmes espagnols inédits, publie en ce moment une traduction de la poétesse féministe portoricaine Julia de Burgos.
A lire absolument !

samedi 2 mars 2013

Anna Visscher, graveuse sur verre



Anna Visscher, (1584-1651), fut poétesse, traductrice, calligraphe et graveuse sur verre.



Anna Visscher était la fille aînée du négociant en grains et poète amateur Roemer Visscher et d'Aefgen Onderwater, la fille d'un brasseur. Elle suivit des études classiques à Amsterdam et apprit également la calligraphie, le dessin et la peinture, le français et l'italien et choisit de traduire Georgette de Montenay. Pour ce qui est de sa poésie, ses mises en rimes de psaumes selon le modèle usité dans l'Église réformée et le contenu de ses poèmes, indiquent fortement sa sympathie pour la religion reformée.File:Anna Roemers Visscher02.jpg

Une note faite par Ernest Brinck en 1612 lors de sa visite à la maison des Visscher, confirme qu'Anna et ses jeunes sœurs Geertrui et Tesselschade excellaient dans des disciplines telles que la musique, la peinture, la gravure sur verre, les refrains (une forme poétique proche de la ballade), l'invention d'emblèmes, la broderie et la natation, apprise dans le jardin de leur père où se trouvait un canal d'eau.
On n'a conservé aucun des refrains d'Anna. Il nous reste d'elle un exemplaire des Cent emblèmes chrestiens (1602), de la poétesse Georgette de Montenay, dans lequel Anna Visscher écrivit les traductions qu’elle avait faites des légendes rimées. L'intérêt qu'elle portait aux emblèmes se reflète aussi dans l'édition des Sinne-poppen de 1614 de son père, dont elle s'occupa en 1620 en complétant les explications en prose au-dessous des images par ses propres distiques. Parfois, elle ajouta un poème plus long de son cru.
 
Roemer
Même si Anna, tout au long de sa vie, fut admirée en tant que poétesse par, entre autres Vondel, Huygens et Cats, et que l'on l'appela une seconde Sappho, la dixième muse ou une quatrième Grâce, ses poèmes parurent uniquement dans des recueils d'autres auteurs, tels que son père, que Heinsius et que Cats, ainsi que dans un recueil d'intérêt local, le Zeeusche Nachtegael (Le rossignol zélandais). On ne  publia pas ses créations, bien qu'elles soient conservées dans de beaux manuscrits calligraphiés, dont un seul est encore existant. Un copiste, sans doute un certain David de Moor, prit la peine de les copier. Son fils Romanus van Wesel ayant sauvegardé les œuvres de sa mère ainsi que celles de sa tante Tesselschade, jugea leur qualité insuffisante pour les publier sans y apporter des modifications.
Un auteur anonyme du XVIIIe siècle se fâcha du fait que les autrices auraient gagné beaucoup d'admiration pour cette seule raison d'avoir été des femmes : « Nous ne voulons pas faire mention de mademoiselle Anna Roemers Visscher, de Tesselschade [...] ni de beaucoup d'autres, car leur vers ne doivent leur succès qu'à leur sexe » (cité de Boekzael der geleerde werelt, 1719).
Au XIXe siècle, elle fut redécouverte, comme d'ailleurs sa sœur Maria Tesselschade. Le sentiment patriotique fut flatté par l'existence de ces deux femmes aux esprits élevés : on se vantait d'avoir découvert que les Pays-Bas aussi comptaient, déjà très tôt, des poétesses importantes parmi leurs littérateurs. Anna était considérée comme l'amie de Cats, apparemment en raison des aspects didactiques de l'œuvre de ce dernier : on se souvenait surtout de ses poèmes à tendance pieuse et docte. À peine son esprit d'autodérision fut remarqué et ce fut en partie pour cette raison qu'elle est longtemps restée à l'ombre de sa sœur Tesselschade.


Roemer

Par contre on a conservé ses gravures sur verre.